coups de coeur / peinture
Daniel Kergren
Le bateau maladif cabote sur les flots.
Aux rythmes des vagues qui le submerge,
Il hoquette, s’essouffle, émerge,
S’emballe même en sortant de l’eau.
Encore solide pour son âge,
Il suit la côte accore
Qui l’amène vers le port.
Pour son dernier voyage,
On va le remorquer.
Une dernière promenade,
Là bas, tout au fond de la rade.
Sur la vasière ensoleillée,
On lui a gardé une place,
Une place privilégiée.
Sa coque fatiguée, par la mer encore léchée
Pourra alors s’étaler,
S’affaisser sur le côté
Offrir ses membrures usées,
Aux vents et marées.
A l’été il faudra s’habituer
Aux touristes, de l’endroit, ils auront tout visité
Tout oublié.
Seul, dans le soir ton vieux capitaine ami
A l’approche de la nuit
L’œil brillant d’une larme d’ennui,
Viendra te tenir compagnie
Te parler des courses évanouies,
Dans l’océan de ta vie, empreinte du temps jadis.
Dans sa main, une photo jaunie
Equipage et bateau réunis.